Marianne au volant
Arracher un compromis à 27 nécessite que la présidence en fonction dépasse ses intérêts nationaux et adopte une perspective européenne, Martyn Bond écrit
Pendant les six mois de chaque présidence, peu de choses peuvent être accomplies en fin de compte sur les dossiers en cours si ce n’est de donner un coup d’accélérateur sur certains sujets et un coup de frein sur d’autres. Mais les grands états européens, fiers de leur héritage, pensent toujours pouvoir faire davantage.
Bien plus que d’assurer le rôle de simple chef d’orchestre des réunions du conseil, ils ont l’ambition d’incarner les leaders de l’Union européenne. Ils souhaitent démontrer aux autres états membres mais également au monde entier qu’ils pèsent en Europe.
Chaque présidence doit se ménager une marge de manœuvre pour affronter d’éventuelles crises, à savoir un fond de réserve en temps et en énergie afin de pallier aux évènements imprévus. Et en ce sens, pour la présidence française, le «non» irlandais n’est que le premier de ceux-ci.
Réagir aux conséquences du vote irlandais – l’entrée en vigueur retardée du traité de Lisbonne – représente effectivement la première diversion par rapport aux objectifs initiaux de la présidence.
Considérer que la présidence est un cadeau empoisonné serait exagéré mais il y a toujours un prix à payer par celui désigné, même si ce rôle lui est alloué par rotation et non par voie électorale. La présidence n’est pas seulement un bref moment de gloire, mais c’est également l’occasion pour l’état membre en question d’être sous les feux de la rampe.
L’obtention de résultats demande toujours en échange le sacrifice de certains intérêts nationaux. Arracher un compromis à 27 nécessite que la présidence en fonction dépasse ses intérêts nationaux et adopte une perspective européenne. Et ceci est bien rare de la part de décideurs politiques ou de haut fonctionnaires surtout venant d’un grand état membre.
Ils ne peuvent compter sur le soutien d’expériences passées car les présidences ne sont plus ce qu’elles étaient. Au début du processus d’intégration européenne, la France était appelée à assumer la présidence tous les trois ans. Au fur et à mesure des élargissements, l’intervalle est devenu plus long pour aboutir, à présent, à treize ans et demi.
Très peu de ministres ont l’espoir de connaître deux présidences et la plupart des fonctionnaires n’ont que des souvenirs lointains de la dernière présidence pour leur pays. Une chose est sûre : l’Union européenne est aujourd’hui plus vaste et plus complexe qu’auparavant.
De même que les maréchaux de Napoléon, certains Etats membres sont plus chanceux que d’autres. Ainsi, du fait de la période des congés mais aussi du calendrier budgétaire, le deuxième semestre est souvent moins prometteur que le premier. De plus, il faut s’assurer que les propositions législatives en cours prennent fin avant la dissolution du parlement européen en vue des élections de 2009.
La marge de manœuvre de la présidence s’amoindrit mois après mois. Cependant, la présidence reste un moyen privilégié de communiquer les ambitions européennes de l’état membre assumant cette présidence. Le Président Sarkozy et son équipe comptent sur ce point pour remettre la France sur les rails européens après la débâcle du référendum de 2005. Certes, le résultat irlandais nécessite certaines adaptations, mais la France pourrait néanmoins avancer sur des dossiers cruciaux comme la défense. Une fuite en avant?
Cependant, promouvoir l’engagement positif de la France en Europe ainsi que la modernisation de la société et de l’économie françaises n’est pas chose aisée. Les «300 idées pour moderniser la France» développées par Jacques Attali, en réponse à une demande de Nicolas Sarkozy, n’ont reçu, en pratique, qu’une réponse assez mitigée de la part du gouvernement.
Bien que la France puisse démontrer un caractère radical lors de moments révolutionnaires, les intérêts et les coutumes sont fortement ancrés dans ce pays profondément conservateur.
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